Le plus beau « métier » du monde s’exerce dans un monastère Zen et s’appelle : Ino.

Quand je suis arrivé pour ma retraite dans le Temple Kosan Ryumon Ji, j’ai tout d’abord été saisi par le calme ambiant. Le calme de l’environnement tout d’abord et puis le calme dégagé par les personnes que je croisais. Il était à peu près Samou – 10min quand je me suis assis sur les bancs proches de l’accueil où l’on m’avait indiqué d’attendre. (Le Samou est le temps dédié aux travaux communautaires)

Le Bonsho a retenti et j’ai vu les personnes (nonnes, moines, résident.e.s, retraitant.e.s) se diriger vers cette énorme cloche, se rassembler tranquillement. Le Bonsho a encore retenti et puis tous ont chanté un petit chant traditionnel. Une nonne a alors annoncé les différentes tâches qui seraient à réaliser durant ce samou et à chaque fois, des personnes levaient la main, volontaires. Tout le monde a reçu sa tâche, toutes les tâches ont reçu leurs volontaires, et chacun s’est dirigé, qui vers la cuisine, qui vers la cave où est rangé le matériel, qui vers le potager, etc etc.

Plus tard et les jours qui ont suivis, je me suis laissé emporter par ce sentiment qui régnait en toute chose : la paix, la sérénité, le calme, l’ordre (mais pas celui imposé, non, plutôt celui qui émerge quand toutes les énergies sont orientées dans le même sens)… à ce moment là j’avais envie d’appeler cela « la zenitude » générale.
Et puis un jour j’ai entendu quelqu’un parler d’harmonie… Mais oui !! Ce mot m’est soudain apparu en énormes lettres néon multicolores et accompagné d’un feu d’artifice digne de celui qui a, sans nul doute, accompagné le « Euréka ! » d’Archimède. Ce sentiment que je sentais se répandre partout, cette lumière qui baignait tout le Monastère, ce quasi-fluide qui guidait chaque personne, chaque action… c’était l’Harmonie.

La joie, le plaisir, le bonheur ne sont que feux de paille si nous ne baignons pas dans l’harmonie, si nous devons ensuite replonger dans un bain dysharmonieux et chaotique. Il n’y a pas de jugement, de classes, de quantification ni de qualification dans l’harmonie. Chaque chose, chaque être, chaque pensée, chaque action est juste et est à sa place. Quel magnifique terreau, n’est-ce pas, pour y enraciner sa vie, pour y évoluer tous ensemble, pour tout soit à la fois important et léger, naturel et ordonné, simple dans sa complexité…

Et, le premier éblouissement passé, je réalisai enfin dans quel contexte j’avais entendu ce mot : une des nonnes du Monastère avait pour fonction « Responsable de l’harmonie dans le Monastère« .
Je vais le réécrire encore… pour mon plaisir, et pour que vous le lisiez lentement, « Res-pon-sable-de-l’har-mo-nie-dans-le-Mo-nas-tère » Waouuuuh !!!!
Vous imaginez ça ?!? Il y a une personne dont la principale préoccupation / occupation / job / hobby / passion est de faire en sorte que l’harmonie règne pour tous.
Une de mes amies me rappelait que dans la Sangha, chacun y participe, à l’harmonie. Que chacun, en étant attentif, concentré, bienveillant (zen quoi !) crée de l’harmonie, entretient l’harmonie. Et heureusement car sans cela il faudrait lui adjoindre 2 ou 3 de ces « Happiness Officer » qui fleurissent aujourd’hui dans les grosses sociétés.
Mais la fonction d’Ino (puisque c’est le titre associé) est là pour créer toutes les conditions propices à l’épanouissement de cette harmonie.
Et, pour ma part, je reste bouche bée devant la magnificence de cette mission… que peut-on rêver de mieux que faire en sorte que tous les membres de sa communauté vivent chaque instant en harmonie ?

Quand je serais grand je serai Ino ! … ou en tout cas, a minima, stagiaire-Ino 😉 .
Dans ma vie de tous les jours, pour toutes les personnes que je pourrais côtoyer ou influencer, je m’attacherai à créer ou entretenir l’harmonie…

3 commentaires sur « Le plus beau « métier » du monde s’exerce dans un monastère Zen et s’appelle : Ino. »

  1. J’aime beaucoup ce concept de maître de l’harmonie. C’est exactement à cela que j’aspire au quotidien. Mais je sens bien que mes efforts ne vont pas toujours dans le bon sens. Pourrais-tu développer sur les techniques qui apportent l’harmonie ? Y a t’il des gestes, des paroles, des pensées à adopter ?
    Merci pour ta réponse 😉.

    Aimé par 1 personne

    1. Ma réponse en 3 points : 1°) Le plein emploi, 2°) Le plein emploi, 3°) … ah non, ça c’est mon discours électoral, dsl…
      Plus sérieusement, il te faut tout d’abord (re-)trouver ton harmonie intérieure, et pour ça la pratique quotidienne de Zazen est pour moi le meilleur moyen de connaitre et reconnaitre les schémas de pensées, les constructions mentales qui t’éloignent de ton vrai Moi intérieur. En pratiquant on accède à un regard sur soi dépoussiéré des scories qu’y laissent les émotions, les pensées récurrentes qui nous aveuglent et nous mènent sur des chemins qui ne sont pas « naturels ».
      Arrivé à ce stade, il est ainsi beaucoup plus facile de diffuser cette harmonie en pensant, en agissant selon des principes très universels : ne pas faire le mal, faire le bien, faire du bien aux autres. Quand tu te rapproches de ton moi véritable, le chemin à suivre est plus clair, plus en adéquation avec tes vraies valeurs et ainsi tu évolues en harmonie avec toi-même.
      Ensuite il ne s’agit que de rayonner ! L’harmonie a cette faculté de se répandre avec une puissance pourtant méconnue et sous-estimée. Mais ne dit-on pas : « Offre un sourire, il illuminera la journée de celle/celui qui l’a reçu » ? ceci en est une parfaite illustration.
      De façon très pratique, et pour prendre l’exemple d’un Temple Zen, le/la (?) Ino organise les cérémonies qui sont la démonstration concrète de l’harmonie, initie les chants, et plus globalement fait en sorte que la pratique de toute activité se déroule bien.
      A ton niveau tu peux par exemple, créer les conditions autour de toi pour que la vie s’écoule plus « simplement », mettre un peu d’huile dans les rouages de ton environnement, aider, préparer et savourer ensuite de voir que « tout roule ». La bienveillance est la pièce maitresse de ton jeu, joues-en autant que tu peux. N’en attend aucune reconnaissance, aucun mérite (enseignement principal de Me Deshimaru) car alors tu prends le risque de générer à nouveau de la frustration, mais ressens les effets de chacune de tes actions ou paroles et nourris-t-en.
      A toi de jouer ! 🙂

      J’aime

      1. Merci beaucoup pour cette réponse, je vais faire en sorte d’appliquer un maximum de choses pour rendre la vie autour de moi plus harmonieuse.

        Aimé par 1 personne

Répondre à Chloé Annuler la réponse.